CERCLE CULTUREL ROYAL
CERCLE CULTUREL ROYAL

Louis Fruchart, chouan des Flandres


 

Connaissez-vous l’histoire de Louis Fruchart, brave paysan de l’Alleu, qui, à la tête de l’insurrection royaliste des Flandres, remporta quelques victoires sur les troupes républicaines provoquant un vif émoi dans la capitale ?

Né le 30 janvier 1791 à Merville dans le Nord, Louis célestin Joseph Fruchart est issu d’une famille paysanne de 7 enfants dont il sera le second à naître. Doté d’une haute stature et d’une force athlétique , c’est aussi un catholique fervent et mystique qui à 22 ans va bientôt se retrouver à la tête d’insurgés en révolte contre la conscription imposée par l’Empereur Napoléon Ier au moment où son empire est face à une nouvelle coalition de monarques étrangers, formée après sa campagne de Russie.

Dans les provinces du nord, majoritairement fidèles à Dieu et au Roi, les actes de résistance se multiplièrent à la suite de la Révolution. Les aristocrates de la région lilloise étaient dévoués à la cause royale et une grande partie de la population de ces contrées tenta de s’opposer à l’idéologie du nouveau régime.

La révolte des conscrits.

Sous l’Empire, l’impôt et la conscription avaient dévasté et rendu exsangues les campagnes du nord. Les Flamands, choqués par l’arrestation de prêtres des Deux-Nèthes et de la Dyle en 1810, maudissaient l’« Antéchrist » excommunié par Pie VII. L’exaspération enflait dans les chaumières. Après l’hécatombe de la retraite de Russie et la défaite de Leipzig, un sénatus-consulte décrétant une nouvelle levée de près de trois cent mille hommes mit le feu aux poudres et raviva les tensions entre Jacobins et royalistes. Louis Fruchart, brave paysan de l’Alleu, d’une force athlétique et d’une intrépidité hors du commun, catholique fervent et ardent royaliste, incita bon nombre de jeunes gens à se rebeller.

Déjà signalé comme "réfractaire et agitateur violent ", Louis Fruchart, ce royaliste passionné estime qu’il s’agit du moment propice pour servir la patrie en rendant le trône de France à ses princes légitimes.

Ayant obtenu l’approbation paternelle en ces termes "Mon fils, je t'approuve ; va et si tu succombes que ton dernier cri soit: Vive les Bourbons ! ", son premier fait d’arme va marquer la région. La préfecture de Hazebrouck est saccagée par des mutins qui refusent de rejoindre la conscription obligatoire et dont il a pris la tête. Prononçant alors un discours enflammé sur la place du marché, Louis Fruchart va vite rassembler autour de lui jusqu'à 20000 royalistes composés essentiellement de jeunes gens venus de Hazebrouck  ou encore de ces 650 conscrits qui venaient de déserter leur régiment d’Arras.

Le Nord–Pas-de Calais avait été appauvri en hommes depuis les conscriptions de 1806 et la région étant essentiellement agricole, cette nouvelle conscription obligatoire n'avait fait que mettre le feu aux poudres. 5000 hommes sur les 300 000 recensés dans la région avaient seulement répondu à l’appel impérial. Enfin, cette région avait peu goûtée l’arrestation par décret impérial de prêtres des Deux Nethes (ou province d'Anvers) et de la Dyle en 1810. La région (à laquelle on lui avait adjoint quelques départements de la Belgique actuelle) était profondément catholique et avait fini par voir en l’empereur, l' "antéchrist " annoncé par la bible.

Le commandant militaire impérial du département de la Lys, qui a rapidement eu vent de cette rébellion royaliste, pense pouvoir disperser facilement cette troupe de sabotiers et commet l'erreur de diviser ses soldats entre Estaire et Merville, se portant à la rencontre de ce chouan du Nord. La Russie (qui a pris contact avec lui via la société des  chevaliers de la Foi, composée d'émigrés de la noblesse française) annonce au jeune royaliste qu’elle va lui envoyer 600 à 1200 volontaires. Les combats entre royalistes et bonapartistes feront à peine 7 morts et 20 blessés mais le choc est si violent et inattendu que l’armée impériale se voit contrainte de battre en retraite.

Louis Fruchart vole de succès en succès, devient dans sa région une légende vivante et entre dans le panthéon des chefs vendéens qui combattirent la révolution française dès ses début, avec les succès que l'on connaît. Son action fait même des émules comme en Haute Saône où une révolte permet aux autrichiens de pénétrer à Dijon. Le Premier empire vacille de l'intérieur, assiégé de l'extérieur à la fin de cette année 1813.

Le lundi 22 novembre 1813 resta gravé dans les mémoires sous le nom de « Stokken maendag ». Les conscrits firent leur entrée à Hazebrouck, vociférant et frappant le pavé de leurs bâtons noueux. L’hôtel de la sous-préfecture fut mis à sac et le préfet Deghesquières malmené. Informé de cette rébellion, le général Lahure envoya de Lille troupe et canonniers qui mirent leurs pièces en batterie sur la Grand-Place pour rétablir l’ordre. Les révoltes s’étendirent à toute la Flandre et se muèrent en un soulèvement rural antinapoléonien d’envergure. Les insurgés se retirèrent en forêt de Nieppe et dans les impénétrables marécages des environs.

Le 16 décembre, sur le marché d’Estaires, le solide gaillard de vingt deux ans, une paire de pistolets à la ceinture, vêtu d’une blouse bleue et coiffé d’un large chapeau orné d’une cocarde blanche – sur laquelle se détachaient les mots « Je combats pour Louis XVII » surmontés de trois fleurs de lys. Croyait-il en la survivance du dauphin disparu tragiquement en 1795 ? Non, Fruchart avait admis sa mort au temple, cet odieux assassinat . Mais dans sa logique, Louis XVI mort, son successeur ne pouvait que porter ce nouveau nom royal. Cette inscription va devenir le signe de ralliement de cette chouannerie nordiste.

Il apostropha la foule : « Mes amis, les puissances coalisées ne se battent contre la France que pour la délivrer de Bonaparte et rétablir les Bourbons, nos seuls souverains légitimes; ne rejoignons plus les armées du tyran ; ne lui payons plus aucune espèce de contributions; armons-nous, unissons-nous pour chasser les troupes envoyées contre nous ! […] Un meilleur avenir nous attend ; mais pour l’obtenir, prenons les armes contre celui qui nous gouverne injustement et qui nous prouve, tous les jours, qu’il est capable de sacrifier à son ambition le dernier des Français. » Le chef de bande rameutait les insoumis. Le 24 décembre, près de deux mille insurgés et déserteurs l’avaient rejoint.

Louis Fruchart en gagne même le surnom de "Louis XVII du Nord" et aux cris de "Vive les Bourbons ! " met en marche ses troupes à l’Est de la région. Le 26, ils affrontèrent à Merville un détachement militaire envoyé de Lille pour réprimer la sédition. La révolte des paysans débutait par une victoire qui provoqua un vif émoi dans la capitale.

Le 1er janvier 1814, l’Empereur chargea le général Boyer d’arrêter les séditieux et de fusiller les hommes armés. Mais les rebelles s’étaient dispersés, gagnant le département de la Lys (Bruges, Courtrai). Maître du pays, l’audacieux Fruchart assaillait les détachements impériaux qui traversaient la contrée et paralysait les opérations de la soldatesque et de la gendarmerie. Echappant à la capture, il semblait se multiplier en tous lieux. S’il inspirait de l’effroi à ses ennemis, il traitait les prisonniers avec humanité. Arrêtant un convoi de grains destiné à Dunkerque, il les fit distribuer au nom du Roi aux indigents alentour. La rébellion s’étendit à la quasi totalité du Nord, aux arrondissements de Saint-Pol, Béthune et St-Omer et jusqu’à la Somme. De succès en succès, « Louis XVII Fruchart » devint une légende. On rapporte qu’un jour, deux gendarmes demandèrent à un paysan s’il pouvait leur indiquer sa retraite : « Je puis vous le faire voir, répondit-il, suivez-moi. » Et les attirant à l’écart : « Ce Louis XVII que j’ai promis de vous montrer, le voici. En garde ! » à ces mots, il fondit sur eux, les mit hors de combat et rejoignit paisiblement ses compagnons.

Ses alliés russes , polonais et saxons entrent alors en Flandre du côté de Bailleul et "Louis XVII Fruchart" peut faire la jonction entre les différentes composantes rebelles du Pas de Calais et ceux de la somme en janvier 1814. Le 16 février 1814 le baron de Geismar, colonel aux gardes de l'empereur de Russie et commandant un corps de cavalerie légère de 600 hommes vient prêter main forte aux royalistes insurgés. Il adresse aux habitants de l'Alleu cette proclamation: "On fait savoir que tout conscrit et tous autres, qui voudront se battre pour la cause des Bourbons seront commandés par Louis Fruchart portant le sobriquet de Louis XVII, qui marche avec un corps de troupes alliées. Ils seront bien nourris, habillés et payés". Le ralliement est quasi immédiat. La région est lasse des guerres impériales.

Le baron de Geismar, colonel russe, aide de camp du duc de Saxe-Weimar, commandant un corps de cavalerie légère de six à sept cents hommes, vint prêter son appui aux conscrits insurgés et opéra la jonction avec Fruchart à Hazebrouck le 18 février 1814. Il destina aux habitants cette proclamation : « On fait savoir que tous les conscrits et tous autres qui voudront se battre pour la cause des Bourbons seront commandés par Louis Fruchart surnommé Louis XVII, qui marche avec un corps de troupes alliées. Ils seront bien nourris, habillés et payés ». Symbole de l’insurrection des campagnes contre la guerre perpétuelle, la colonne guidée par Fruchart se mit en branle dès le 19 février. Ils livrèrent une bataille difficile à Doullens, dont ils conquirent la citadelle. Les opérations des Alliés se poursuivirent courant mars dans l’Aisne, la Somme et l’Oise. Le 28 mars, ils franchirent la Marne et Paris capitula le 31. Fruchart obtint la décoration du Lys et regagna ses pénates.

Lors des Cent-Jours, le vaillant flamand se mit au service du Roi à Gand, secondé par ses deux frères Célestin et Benoit. En juin 1815, les anciens soldats de Fruchart arborèrent de nouveau leur drapeau blanc. Ils participèrent à la campagne de Belgique et armèrent une compagnie de volontaires. Placés sous les ordres du général de Bourmond, commandant la 16e division militaire, portant le nom de volontaires royaux, ils cernèrent Béthune, et le 28 investirent Arras, forçant les troupes impériales au retrait.

A la chute de l’Empire, la chouannerie flamande cesse de se battre et Louis Fruchart décide de rentrer dans sa ferme, auréolé de cette gloire qui aura permis au comte de Provence, futur Louis XVIII, de remonter sur son trône légitime.

Lorsque Napoléon Ier revient en France en mars 1815, Fruchart n'hésite pas et ressort les drapeaux blancs du royalisme, se portant au secours d'un Louis XVIII en fuite  et lui propose ses services lors d'une rencontre à Lille. Mais les tractations sont longues et le chouan du Nord, repart dépité avec une vague promesse de soutien en poche. Ce n'est que le 10 juin qu’il reçoit enfin l’ordre de soulever le Nord. Le 25 juin, les Alliés distribuent des fusils de fabrique Anglaise afin que chaque homme soit armé. Sous le commandement du général de Bourmont et du prince de Croy-Solre,  les insurgés de Louis Fruchart prennent le nom  de "volontaires royaux". La ville de Béthune est rapidement cernée, prise avant que les chouans n'entrent dans Arras le 28 juin suivant, forçant le retrait des troupes impériales encore présentes dans la ville.

Une fois remonté sur le trône de France après cet intermède de 100 jours, le roi Louis XVIII ne manque pas de récompenser "Louis XVII Fruchart " en le nommant capitaine de ses gardes avec rente pour les membres de sa famille. Il fut élevé au grade de chevalier de la Légion d’Honneur en 1815. Charles X, qui l’appréciait, reconduisit en 1824 Louis Fruchart dans son grade de garde du corps, mais cette fois du Roi.

Fidèle de la royauté légitime, il opère son dernier baroud d’honneur au côté de Charles X lors de la révolution de août 1830. Renvoyé de l’armée comme invalide en 1837 sur ordre de Louis-Philippe d'Orléans qui n’avait pas apprécié son zèle légitimiste , ce dernier ira même jusqu'à signer de sa main un décret diminuant sa pension. Il est vrai que ses faits d'armes avaient traversé la frontière. Sur les barricades, à Bruxelles, on criait son nom et les insurgés en avaient fait un porte-drapeau involontaire de la lutte pour l'indépendance.

Revenu un temps exploiter une petite ferme aux environs de Merville, il sera tour à tour journalier, puis ouvrier de brasserie à la Brasserie du Pont-Riqueult où il finira par conduire des voitures attelées d'un cheval et d'un mulet.

Il décédera le 8 janvier 1851 à 59 ans, célibataire, à Lestrem, chez sa sœur Catherine où il s’était retiré.  Aujourd'hui encore il y a des descendants de la famille Fruchart que l'on surnomme "Les Ladéroute"

 

Sources: Paru dans Vexilla Galiae article de Frederic de Natal et Paru sur "La faute à Rousseau " article de Damien Top remis en forme par moi même.


 


 


 

 

Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© CERCLE CULTUREL ROYAL